Au loin, des bruits. J'écoute. Ce sont des hommes. Il est tard. Ils sont assis dehors, ils fument la shisha. Également des bruits qui viennent de la route à côté, des bruits de klaxons, de rétroviseurs qui s'arrachent, le moteur qui ronfle sous la vitesse des vieilles voitures des années 60. Sur cette route, il y a un bus. Enfin, ce qui ressemble à un bus. Du bus, tu passes ta tête par la fenêtre, en pleine nuit, et tu respires. Ton nez se remplit aussitôt de poussière et de pollution. Tes cheveux deviennent poisseux, ils se mélangent dans tous les sens. Mais tu es bien. La vitesse, la chaleur sont des sensations tellement agréables. A côté de toi, les gens chantent, prennent des photos, rigolent. Heureux. Pleinement heureux. Tu croises un scooter avec deux, non trois personnes dessus, sans casques. Une voiture sans plaque d'immatriculation, sans phares. Puis tu te rends compte que le bus dans lequel tu es n'a plus de compteur de vitesse et que le chauffeur à un bras dans le plâtre. Mais tu t'en moques. Car tu es là, tu es bien. Les gens te disent bonjour par la fenêtre, ils te sourient de leurs dents non soignées. Tu leur dis que tu es française et ils te répondent "ah! La Vache qui rit!!!" et tu rigoles, une fois de plus. Devant, un camion chargé de fruit avec des hommes debout sur la remorque. Tu slalomes entre les voitures sans lâcher le klaxon, mais tu es habituée. Le premier jour est un baptême, les autres sont des habitudes. Il y a encore des bouchons. Les routes s'entassent sur trois ou quatre étages. S'insérer dans le périphérique ne te fais même plus peur, traverser un carrefour seulement en klaxonnant pour prévenir de ta traversée, une boutade. Tu repenses à ta tête lors de ce premier jour où tu as cru que jamais tu n'arriverais à destination. Et tu te rappelles aussi du jour où tu as tellement eu peur que tu as crié un énorme "attention" au chauffeur. La honte. Le jour s'est levé, tu n'as pas très bien dormi entre le jeu de la bouteille, et la mosquée à 5h du matin. C'est magique ici. Tu te laves tant bien que mal, tu manges ce que tu arrives à manger et tu reprends le bus après avoir passé un moment sur la terrasse. La terrasse. Voir la ville, voir Le Caire. Il fait un temps radieux, tu es fière de sortir tes vêtements d'été. Tu te la joues avec tes lunettes de soleil. Et tu adores. Tes yeux se plissent sous le soleil. Le théâtre est chaleureux, il fait frais. Et là ce sont des échanges, des rencontres, des rires, des "cchhhhuuutt!". Tu es épatée par le spectacle des autres. Puis tu manges ton déjeuner à 16h. Et tu n'as pas faim, ou plutôt plus faim. Alors tu retournes dehors bronzer, et tu penses à ceux qui sont restés en France et tu ris. En fait tu ris beaucoup ici. Tout le temps. Tu observes également. Les gens. Les Égyptiens, les Luxembourgeois, et tu joues avec eux. Tu connais le Loup Garou? Le Boom? Nous on connait. Il fait vraiment chaud. C'est certainement à force de danser et de chanter à cette soirée ce soir là. Tu t'épuises, mais tu es si bien. Par contre tu jalouses le talent des Égyptiens pour la danse. (Tiens, Lise a perdu une chaussure...) Pour soulagé cette chaleur, rien de tel qu'une journée à la piscine. Pour cela, tu sors de la ville. Et là, tu ne t'y attends pas, mais tu vois... les pyramides. Tu ne comprends même pas ce qui t'arrives. Tu n'as même pas le temps de saisir ton appareil photo. Mais tu sais que tu reviendras. De la terrasse tu pensais voir la pauvreté, avec ces immeubles qui donnent l'impression d'avoir été détruits ou jamais achevés. Mais en réalité, tu n'avais rien vu. Et ce jour là, tu vas voir. Le choc, la peur, la pitié. Tu te sens idiote avec ton appareil photo à prendre la pauvreté des gens en souvenir, tu as honte. Les gens te sourient ou te rejettent. Le Nil n'est plus eau mais déchets, les maisons ne sont plus maisons mais taudis. A ce moment là ta gorge te serre. Tiens, un zébu (?) nage dans le canal. Des enfants à perte de vue qui jouent pieds nus dans la poussière, des vieillards à l'ombre, des femmes entièrement voilées. Tu vois enfin des chiens. Les chats sont étranges ici ("aah les Français et les chats!") Puis tu plonges dans l'eau froide de la piscine. Tu attrapes des coups de soleil, une légère marque du maillot de bain. Tu te baignes trois fois tellement c'est agréable. Tu revis. Mais déjà tu dois rentrée, le lendemain se clôture le festival et tu dois montée sur scène. Le spectacle est acclamé, tu es éblouie par ce public qui frappe dans ses mains, pour nous. Pour nous. C'est tellement émouvant. Mais déjà au loin tu entends une musique... Tu reconnais cette musique... " I try to fly over the rainbow so high" Tu es dans un bateau sur le Nil, tu danses. Tu n'en reviens pas. Et tu danses. Encore et encore. Les Égyptiennes t'apprennent à danser, mais tu n'y arrives pas. Cette soirée à un goût de fin. Les premiers aurevoirs. Les premiers pleurs. Il reste à présent deux jours dans ce paradis. Tu prends le bus, encore un matin de plus. Des oranges pendent dans leur filet dans les magasins, la viande pend elle aussi. Les fruits sont multicolores C'est somptueux. Ce mélange des couleurs entre la poussière, le bleu du ciel, le rouge brique des immeubles, et ces fruits. Tu traverses la ville, le Nil, tu prends des photos pour changer, et tu arrivent devant les momies. Puis devant le trésor de Toutankhamon. Ensuite tu te retrouves plongés à nouveau dans la ville, dans le centre brille de mille feux. La nuit tombe, et ce soir tu manges dans l'hôtel le plus haut de la ville. Tu n'as plus qu'à poser tes coudes sur le bord et admirer. Les mots ne valent rien dans des moments pareils. Tu t'aperçois que la tour du Caire change de couleurs. Tu prends une vidéo pour la montrer à ton retour mais ça ne rend rien. Tant pis tu garderas tout ça rien que pour toi. L'air est doux ce soir là, tu manges bien, mais les premiers malades apparaissent. Tu rentres en taxi, tu touches presque le sol avec tes pieds. C'est assez étrange comme sensation, tu te faufiles partout. Et le lendemain tu fais tes valises. Car aujourd'hui est la dernière journée. Et certainement une des meilleures. "Emmanuel réveilles toi, lève les yeux!" Et oui, tu es au pied des pyramides. Tu y crois toi? Moi toujours pas. Des chameaux ! Non? Si des Chameaux. (ah les Français, c'est les chats et les chameaux!") Dis donc, c'est qu'ils font des bruits bizarres en plus. Et sur leur dos tu fais nettement moins la maligne. Les pyramides sont majestueuses. Tu les as étudiées au collège, tu en as rêvé, tu les as imaginées. Et la tu es juste à côté. Tu es même monté sur une d'entre elles. De l'autre côté, c'est le désert. C'est un endroit indescriptible. Plus loin, le sphinx. Le gardien de ce lieu. Tu ne comprends pas, dans le film "Astérix et Obélix mission Cléopâtre" le sphinx il est tout seul dans le désert, et là il y a des pyramides autour. Mais bon, après tout... Il y a une concentration massive de chameaux ici. Ce lieu, tu es certaine que jamais tu ne l'oublieras. Quelques heures après tu te retrouves avec une shisha dans la bouche à tousser car tu ne sais pas fumer après avoir manger un plat typique. Certains n'auront d'ailleurs pas supportés.... "hihi regardez, j'ai vomi hihi!" Et tu traverses le Caire en voiture, la musique à fond, les fenêtres ouvertes. Tu vas acheté des souvenirs, tu passes juste à côté de l'endroit des attentats mais tu as la tête ailleurs, tu reviens d'un spectacle particulier, mais tu n'as pas pu voir la fin. Tout s'accélère. Tu ne contrôles plus rien. Un tout dernier moment de plaisir. Tu es dans la voiture de Youssef, la musique remplit les baffes, tu danses, car tu sais que c'est ton dernier moment de bonheur ici. Alors tu profites. Mais déjà on te fais descendre ta valise du collège, tu montes dans le bus après d'autres aurevoirs. Tu pleures, tu te mouches. On te donne des mouchoirs et ce geste si gentil te fait pleurer. Avant de passer la porte de l'aéroport tu te retournes une dernière fois, le c½ur plein, et tu dis aurevoir à cette ville magique, aux accompagnateurs merveilleux qui nous on suivis pendant tout ce temps. Et tu pleures. Tu ne dis rien, il n'y a rien à dire. Tu pleures. Ils s'éloignent. Tu les perds de vue. Avant de monter dans l'avion tu touches une dernière fois le sol africain. Tu es si mal, si triste, que ton corps te le fait sentir. Tu vomi tout ce qu'il te reste. Tu es au plus mal. Ton corps a compris que le moment était grave. Adieu l'Afrique, adieu l'Égypte, adieu le Caire, adieu Vous. Il n'y a pas de photos de notre départ, presque pas de mots. D'ailleurs, mettre des mots sur ce voyage, c'est une chose presque impossible. C'est dans la tête que cela se passe. Et elle est remplie de merveilles. Il faut le vivre pour le comprendre.
Shoukran beaucoup.
Barebeck l'Égypte.
"ce que j'ai peur, c'est d'oublier"
"oui c'est vrai, mais en fait, ce qui est bizarre, c'est que ça ne fait pas réel comme voyage."
Elles ont tout résumé.